Qui n’a pas été plus ou moins marqué par la personnalité, le charisme, la stature ou une quelconque particularité d’un être durant son adolescence. J’ouvre cette rubrique en souhaitant, sans pour autant entrer dans l’intimité, que nombreux seront les participants.
Je ne devais avoir que 16 ou 17 ans. Elle habitait un petit village proche de Béziers et j’allais souvent lui rendre visite juché sur mon mustang de 125 Cm³. Plus jeune que moi de quelques mois, elle reconnaissait mon entrée à ma manière d’ouvrir la porte. Ensuite elle étendait la main vers moi et m’invitait à m’assoir auprès d’elle, dans une bergère qui était proche d’une fenêtre, comme si cette proximité pouvait lui apporter quelques lumières. Car elle était aveugle.
Alors elle me faisait parler, lui dire la beauté de la nature, le vol d’un oiseau ou décrire un nuage. Mais comment traduire le bleu du ciel, ou la couleur des fleurs de son jardin. Comment lui transmettre la grâce et la beauté de cette chose devant laquelle je passais souvent sans la voir… Alors pour elle j’ai ouvert mes yeux. Parfois elle posait ses doigts sur mon visage pour me mieux découvrir. Nous échangions du courrier que ses parents lui lisaient, courrier bien sage il est vrai.
Un jour, lors d’une visite, elle m’a remis un petit cadeau. C’était une grille pour écriture Braille, il y avait également le poinçon et de nombreuses feuilles de papier spécial… Alors nous avons correspondu dans cette écriture qui m’était jusqu’alors inconnue. Courrier cette fois personnel, ses questions étaient pertinentes, puis j’ai compris que les sentiments qu’elle avait pour moi dépassaient la simple amitié.
Mais déjà mon choix était la marine nationale, puis l’acquisition d’un voilier pour assouvir ma soif d’horizons. Hélas une aveugle ne pouvait pas partager cette existence, j’ai donc rencontré ses parents et ai mis un terme à ces rencontres pour ne pas la faire souffrir dans une cruelle désillusion. J’ai eu du mal pour endurer de cette rupture, mais par la suite j’ai vécu ma carrière, les escales, mes navigations, mes marches, encore maintenant chaque instants de la vie avec le bonheur du voyant. Je conserve une grande reconnaissance pour cette amie qui avait su m’ouvrir les yeux et apprécier ce bien irremplaçable qu’est la vue.
Merci Yolande
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Je ne devais avoir que 16 ou 17 ans. Elle habitait un petit village proche de Béziers et j’allais souvent lui rendre visite juché sur mon mustang de 125 Cm³. Plus jeune que moi de quelques mois, elle reconnaissait mon entrée à ma manière d’ouvrir la porte. Ensuite elle étendait la main vers moi et m’invitait à m’assoir auprès d’elle, dans une bergère qui était proche d’une fenêtre, comme si cette proximité pouvait lui apporter quelques lumières. Car elle était aveugle.
Alors elle me faisait parler, lui dire la beauté de la nature, le vol d’un oiseau ou décrire un nuage. Mais comment traduire le bleu du ciel, ou la couleur des fleurs de son jardin. Comment lui transmettre la grâce et la beauté de cette chose devant laquelle je passais souvent sans la voir… Alors pour elle j’ai ouvert mes yeux. Parfois elle posait ses doigts sur mon visage pour me mieux découvrir. Nous échangions du courrier que ses parents lui lisaient, courrier bien sage il est vrai.
Un jour, lors d’une visite, elle m’a remis un petit cadeau. C’était une grille pour écriture Braille, il y avait également le poinçon et de nombreuses feuilles de papier spécial… Alors nous avons correspondu dans cette écriture qui m’était jusqu’alors inconnue. Courrier cette fois personnel, ses questions étaient pertinentes, puis j’ai compris que les sentiments qu’elle avait pour moi dépassaient la simple amitié.
Mais déjà mon choix était la marine nationale, puis l’acquisition d’un voilier pour assouvir ma soif d’horizons. Hélas une aveugle ne pouvait pas partager cette existence, j’ai donc rencontré ses parents et ai mis un terme à ces rencontres pour ne pas la faire souffrir dans une cruelle désillusion. J’ai eu du mal pour endurer de cette rupture, mais par la suite j’ai vécu ma carrière, les escales, mes navigations, mes marches, encore maintenant chaque instants de la vie avec le bonheur du voyant. Je conserve une grande reconnaissance pour cette amie qui avait su m’ouvrir les yeux et apprécier ce bien irremplaçable qu’est la vue.
Merci Yolande











